Gérard d\'Houville

Gérard d\'Houville

Ciel nocturne

Le jardin de la nuit


 

Ciel nocturne

 

Vos invisibles mains, ô Fileuses de l'Ombre,

Des voiles constellés entremêlent sans bruit

Les fils étincelants, et tournent dans l'air sombre

Les funèbres fuseaux des rouets de la Nuit.

 

Dans la trame éclatante où palpitent les astres.

Ensevelissez les destins mystérieux,

D'héroïques espoirs et d'orgueilleux désastres

Ou la cendre d'un songe à jamais glorieux.

 

Mais pour le mal secret d'une âme tendre et fière

Et pour l'obscur tourment dont souffre un coeur troublé,

Silencieuses Soeurs douces à ma prière,

N'ourdissez pas les fils du suaire étoilé.

 

Fileuses, attendez que la lune illumine

Le ciel pur du reflet de sa pâle clarté,

Et chargeant vos fuseaux de la lueur divine,

Filez diligemment un linceul argenté.

 

Afin que la douceur de l'inutile rêve

Repose ensevelie au plus nocturne pli,

Aux rouets ténébreux entremêlez sans trêve

Le rayonnant silence et l'éternel oubli.

 

Premiers poèmes, 1995.



04/10/2012
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